Après l’assignation des chambrées, on commence á discuté avec le gardien. Il y a un an et demi, l’émission envoyé spécial de France 2 avait diffusé un reportage sur le GR « GR 20, l’exploit au bout du chemin ». Nicolas vient de reconnaitre Charlie, le gardien de refuge le plus médiatisé du GR. Charlie confirme, il nous annonce même qu’il va passer dans le journal de Jean Pierre Pernaut en juillet (« douce France »…). S’en suit une conversation sur la fréquentation du GR, du manque de moyens financiers pour entretenir les refuges, des dysfonctionnements du nouveau système de réservation centralisé, de l’augmentation de la fréquentation sur le GR, du manque d’éducation des randonneurs et surtout des groupes. Les groupes, parlons en, car nous allons avoir une illustration de leurs comportements insupportables.
Je prépare le repas, pose mes affaires sur une table occupée par deux autres randonneurs qui s’entretiennent autour d’une bière. Viennent deux autres personnes qui poussent mes affaires sans demander, sans s’excuser. Puis deux autres. Les deux gars du début me disent qu’ils n’ont rien pu faire pour sauver nos places. Je déménage á une table voisine. Le groupe s’installe, s’étoffe, poussent nos deux premiers randonneurs sur le bout du banc. Les deux abdiquent. Ca picole dur (au moins quatre Pastis) et ca parle fort et méprise ouvertement les autres. Les autres randonneurs qui font le GR en couple ou en petit groupe ne tarissent pas de critiques envers ces gens sans savoir vivre. Usurpation de place, doublage dans les files d’attente, vol de bouffe (si si), refus de laisser passer sur les chemins. C’est la plaie du GR20! Les gardiens sont septiques, les individuels agacés et le niveau général du public du GR 20 s’en trouve rabaissé. Des beaufs qui ont trop peur d’organiser seuls leur séjour et qui pensent pouvoir faire le GR20 sans préparation en se reposant exclusivement sur le guide. Le lendemain, ca ne va pas être joli dans le cirque.
On se couche tôt avec bouchons d’oreille pour éviter les ronflements et les chants du gardien et des nordistes qui fêtent leur passage du cirque de la solitude. Le levé est prévu à 4h30 pour éviter de devoir doubler des gueules de bois sur le parcours. On retrouve le bonheur d’un sommeil réparateur au contact d’un vrai matelas. Une bonne et courte nuit en perspective.
Jour 12 (jeudi 30.06.2011): Tighjettu -Ascu Stagnu
Temps théorique: 6h00; Temps effectif : 5h30
Le réveil sonne à 4h30 du matin. On s’extrait de nos sacs de couchage rapidement. Nous voici dans la salle commune du refuge. On n’y voit rien. On allume les lampes frontales. Nous sommes les premiers levés. On distingue deux personnes couchées par terre dans leur sac de couchage qui ronchonnent á notre passage. Curieux, il y avait encore de la place dans notre chambre. Mauvaise gestion des lits. On petit déjeune de tartine au Nutella, et de tasses de café et chocolat. Un passage aux toilettes nous permet de constater qu’il y a plus de mouvement dans le bivouac que dans le refuge. Nous sommes prêts á 5h30.
Nous débutons une ascension exigeante. L’entrée du cirque ne vient pas vite. Mais il n’y a personne devant nous et aucun signe de randonneur suiveur. Serions-nous vraiment les premiers ? Nous arrivons au bout d’une heure en vue de l’entrée du cirque. Devant nous, un large cirque plein d’éboulis. On entend d’ailleurs des pierres tomber au loin, on s’arrête, on observe, puis on aperçoit un premier mouflon, puis un second avec un petit, puis tout un troupeau qui nous a repérés et s’enfuit bruyamment. A l’occasion, on constate que le mouflon bêle comme un mouton normal. Le privilège des premiers ! On arrive enfin au col après 1h20 de marche. Le Cirque de la Solitude, première impression: ca descend sec par un chemin d’éboulis puis on perd le chemin qui oblique très rapidement. Avant de s’engager, on aperçoit sur un promontoire un nouveau mouflon. On s’engage enfin dans la partie la plus légendaire du GR 20. On a tout entendu sur lui : qu’il avait des passages á pic, des parois presque verticales, qu’il est impraticable si la météo est mauvaise et vite encombré si il y a des groupes… oui, c’est aussi pour cela que l’on s’est levé aux aurores. Coté météo, c’est grand beau. Nous pénétrons dans le cirque : le silence est juste interrompu par les piaillements des chocards (les Alpendohlen amis) et par quelques rafales de vent. Après une descente dans un raidillon avec éboulis, on arrive bientôt à un bloc avec des chaines. Juste avant de s’engager dans le passage délicat, on rencontre un groupe de coureurs qui vient en sens inverse et qui nous confirme que nous sommes les premiers qu’ils croisent. Grosse fierté !