Au coeur du Cirque de la Solitude
L'impressionnant refude de Tighjettu
La côte Ouest, à la hauteur de Porto
On remonte dans la vallée  et on croise deux muletiers qui descendent chercher leur ravitaillement. Avant d’arrivée au bout de la vallée, nous entamons une ascension à flan dans des gravillons. Ca nous rappelle nos cours de Tango. Un pas en avant, un mètre en arrière. On arrive enfin au niveau des crêtes, De la, on distingue magnifique, le golf de Porto et le fameux Capu d’Ortu. On fait le tour du cirque en passant par le refuge de Ciotullu di Mori avant d’atteindre un col. De là, on redescend  par un chemin de dalles et d’éboulis extrêmement désagréable. La descente est dangereuse et interminable. Les chaussures n’accrochent plus sur cette roche volcanique.  De plus, la semelle s’est abimée : les crampons se sont progressivement arrondis, aplanis, fragmentés et éparpillés sur les granits abrasifs du sud. Les dalles sur lesquelles nous évoluons sont multicolores : vertes, oranges, rouges. Une palette extraordinaire de couleurs.
Juste avant le départ...
Jour 11 (mercredi 29.06.2011): Castel di Verggio- Tighjettu
Temps théorique: 6h00; Temps effectif : 7h00
 

La nuit a été venteuse. La randonnée commence sur un terrain relativement plat. Puis il escalade un escalier formé de bloc de granite rose. Un panneau nous informe que nous entrons sur le territoire des mouflons, ces espèces de chamois symboles de la Corse.  Les mouflons seraient une variété de mouton qui serait redevenu sauvage vers la fin de Néolithique. On les scrute parfois au  péril de notre vie depuis le début du parcours.
Nous passons sans grande difficulté les chaines et l’échelle. Après quelques raidillons, nous atteignons le fond du cirque. Celui-ci se prolonge par une gorge très étroite et inhospitalière. Le point le plus bas du cirque est curieusement symbolisé par une porte, un passage entre deux petits névés couverts de poussière qui finissent tranquillement de fondre. Nous commençons notre ascension dans des blocs très colorés. On trouve de très impressionnantes et très belles dalles de pierre violettes. Nous remontons ensuite par deux cheminée très abruptes. En montant pas de problème : les prises sont bonnes et surtout bien visibles. En descendant, l’affaire se complique, on est obligé de se décoller de la roche pour trouver ses futurs appuis : une manœuvre risquée et flippante. Nous sommes plus que jamais convaincus d’avoir fait le bon choix en prenant le GR dans le sens non traditionnel. Le cirque se termine par un passage équipé de chaines dont nous n’aurons pas usage. En effet, les groupes venant en sens inverse commencent á descendre á la queue leuleu, ignorant ainsi les distance de sécurité et en augmentant les chances de lapider les randonneurs situés en aval. On leur souhaite bien du courage : certains n’ont pas du tout l’air rassurés.
 
Nous voici en haut. On a mis deux heures pour passer l’épreuve. On en avait fait toute une montagne…mais ca s’est bien fait au final, comme le disant nos gentils nordistes, en prenant son temps et en étant prudent.  On a eu des conditions de temps optimal. En se levant très tôt, on s’est assuré un passage sans stress et sécurisé dans le cirque. De la sortie du cirque, on retrace visuellement le chemin parcouru depuis l’entrée de l’autre coté. C’est très impressionnant, les gens qui descendent ont vraiment l’air accrochés à une paroi abrupte. Le groupe des trois retraités qui nous nourrissent depuis le sud du GR 20 nous rejoint bientôt : c’est l’euphorie, on dirait des enfants devant le sapin de Noel au matin du 25 descendre ! Ils sautent partout. Le soulagement est palpable. Genre, on a franchit l’infranchissable. On redescend dans la vallée en devisant sur ce cirque, qui finalement n’a pas été si difficile… même si on a eu bien peur avant.
Après l’assignation des chambrées, on commence á discuté avec le gardien. Il y a un an et demi, l’émission envoyé spécial de France 2 avait diffusé un reportage sur le GR « GR 20, l’exploit au bout du chemin ». Nicolas vient de reconnaitre Charlie, le gardien de refuge le plus médiatisé du GR. Charlie confirme, il nous annonce même qu’il va passer dans le journal de Jean Pierre Pernaut en juillet (« douce France »…). S’en suit une conversation sur la fréquentation du GR, du manque de moyens financiers pour entretenir les refuges, des dysfonctionnements du nouveau système de réservation centralisé, de l’augmentation de la fréquentation sur le GR, du manque d’éducation des randonneurs et surtout des groupes. Les groupes, parlons en, car nous allons avoir une illustration de leurs comportements insupportables.
 
Je prépare le repas, pose mes affaires sur une table occupée par deux autres randonneurs qui s’entretiennent autour d’une bière. Viennent deux autres personnes qui poussent mes affaires sans demander, sans s’excuser. Puis deux autres. Les deux gars du début me disent qu’ils n’ont rien pu faire pour sauver nos places. Je déménage á une table voisine. Le groupe s’installe, s’étoffe, poussent nos deux premiers randonneurs sur le bout du banc. Les deux abdiquent. Ca picole dur (au moins quatre Pastis) et ca parle fort et méprise ouvertement les autres. Les autres randonneurs qui font le GR en couple ou en petit groupe ne tarissent pas de critiques envers ces gens sans savoir vivre. Usurpation de place, doublage dans les files d’attente, vol de bouffe (si si), refus de laisser passer sur les chemins. C’est la plaie du GR20! Les gardiens sont septiques, les individuels agacés et le niveau général du public du GR 20 s’en trouve rabaissé. Des beaufs qui ont trop peur d’organiser seuls leur séjour et qui pensent pouvoir faire le GR20 sans préparation en se reposant exclusivement sur le guide. Le lendemain, ca ne va pas être joli dans le cirque.
 
On se couche tôt avec bouchons d’oreille pour éviter les ronflements et les chants du gardien et des nordistes qui fêtent leur passage du cirque de la solitude. Le levé est prévu à 4h30 pour éviter de devoir doubler des gueules de bois sur le parcours. On retrouve le bonheur d’un sommeil réparateur au contact d’un vrai matelas. Une bonne et courte nuit en perspective.
 

Jour 12 (jeudi 30.06.2011): Tighjettu -Ascu Stagnu
Temps théorique: 6h00; Temps effectif : 5h30
 

Le réveil sonne à 4h30 du matin. On s’extrait de nos sacs de couchage rapidement. Nous voici dans la salle commune du refuge. On n’y voit rien. On allume les lampes frontales. Nous sommes les premiers levés. On distingue deux personnes couchées par terre dans leur sac de couchage qui ronchonnent á notre passage. Curieux, il y avait encore de la place dans notre chambre. Mauvaise gestion des lits. On petit déjeune de tartine au Nutella, et de tasses de café et chocolat. Un passage aux toilettes nous permet de constater qu’il y a plus de mouvement dans le bivouac que dans le refuge. Nous sommes prêts á 5h30.
 
Nous débutons une ascension exigeante. L’entrée du cirque ne vient pas vite. Mais il n’y a personne devant nous et aucun signe de randonneur suiveur. Serions-nous vraiment les premiers ? Nous arrivons au bout d’une heure en vue de l’entrée du cirque. Devant nous, un large cirque plein d’éboulis. On entend d’ailleurs des pierres tomber au loin, on s’arrête, on observe, puis on aperçoit un premier mouflon, puis un second avec un petit, puis tout un troupeau qui nous a repérés et s’enfuit bruyamment. A l’occasion, on constate que le mouflon bêle comme un mouton normal. Le privilège des premiers ! On arrive enfin au col après 1h20 de marche. Le Cirque de la Solitude, première impression: ca descend sec par un chemin d’éboulis puis on perd le chemin qui oblique très rapidement. Avant de s’engager, on aperçoit sur un promontoire un nouveau mouflon. On s’engage enfin dans la partie la plus légendaire du GR 20. On a tout entendu sur lui : qu’il avait des passages á pic, des parois presque verticales, qu’il est impraticable si la météo est mauvaise et vite encombré si il y a des groupes… oui, c’est aussi pour cela que l’on s’est levé aux aurores. Coté météo, c’est grand beau. Nous pénétrons dans le cirque : le silence est juste interrompu par les piaillements des chocards (les Alpendohlen amis) et par quelques rafales de vent. Après une descente dans un raidillon avec éboulis, on arrive bientôt à un bloc avec des chaines. Juste avant de s’engager dans le passage délicat, on rencontre un groupe de coureurs qui vient en sens inverse et qui nous confirme que nous sommes les premiers qu’ils croisent. Grosse fierté !
GR 20 - Juin 2011
Nous pique-niquons auprès d’un ruisseau dans lequel nous nous trempons les pieds. Délassement. Nous sommes bientôt rejoints par Clément et Céline. Le principal sujet de conversation : les genoux de Clément et Nicolas, la fatigue de Céline et mes chevilles. Le déjeuner se termine par une séance collective de crémage au Ketoprophrène et d’échange de jambière. En continuant la descente, on rencontre un groupe assoupi sous les arbres. Deux d’entre eux trouvent la force de nous parler du cirque de la solitude, l’épreuve tant attendue prévue pour le lendemain. L’un d’entre eux, mal préparé, a commencé le GR avec un sac de 27 kg : c’est le poids cumulé de nos deux sacs.  Trop de choses inutiles, beaucoup trop de nourriture pour un sentier ou il y a presque partout la possibilité de se ravitailler. Les randonneurs se veulent rassurants. Ce qui confirme ce que les nordistes nous avaient affirmé dans le sud. Nous finissons la descente et entamons l’acensions vers le refuge. Il fait très chaud aujourd’hui et je n’ai pas arrêté de boire…Je tombe á sec juste avant d’arriver aux bergeries de Ballonne C’est la première fois que je viens á bout de mes deux litres. C’est aussi á ce moment que Céline, assommée de chaleur tombe dans un trou entre deux rochers au passage d’un gué. Elle se râpe le genou. Plus de peur que de mal. Mais signe de notre niveau d’épuisement. La chaleur n’arrange rien. Un accident dans un des groupes que l’on a dépassé un peu auparavant le confirme. En arrivant au refuge, après une dernière lutte acharnée contre la pente et la chaleur, un des guides nous dépasse en courant et demande au gardien d’appeler les secours. Un des randonneurs du groupe a fait un malaise et une crise de tétanie. Il bave et ne répond pas á des ordres simples. Le gardien téléphone au secours qui arrivent en hélicoptère une bonne demi heure après l’appel: heureusement qu’il ne s’agissait pas d’une hémorragie…
 
En attendant l’arrivée de l’hélicoptère, le gardien conseille aux gens de ranger leurs affaires, de dépendre le linge qui sèche, de vérifier que les tentes soient bien fixées et de dégager la piste d’atterrissage. Les secours arrivent enfin. L’hélicoptère survole à un mètre du sol le lieu de l’accident à environ 200 m en contre bas du refuge. Une opération rendue délicate par le relief et la végétation. Ils embarquent l’accidenté. L’hélicoptère décolle, fait quelques passages autour du refuge et atterrit brièvement sur l’aire du refuge pour récupérer les affaires de l’accidenté.
Il repart en soulevant un immense nuage de poussière : ceux qui n’ont pas écouté les conseils du gardien courent après leurs chapeaux, tentes, vêtement qui s’envolent dans la vallée. Ceux qui sont venaient de prendre un douche (bibi) sont bons pour un nouveau passage sous l’eau froide…
 
Cette nuit, nous sommes sensés dormir en refuge. Nous avons longtemps hésité entre monter la tente et passer la nuit au milieu des ronfleurs et des puces, mais l’aire de bivouac est tellement déplorable (des espaces minuscules dans la poussière et les cailloux) que nous choisissons l’option puces. Le refuge de Tighjettu est une prouesse architecturale. Il a la forme d’un diamant monté sur une charpente en bois. L’objectif de la construction étant de prendre le moins de place possible au sol : le relief ne lui permet pas de s’étendre des masses. L’aménagement intérieur est sympathique, cependant la première impression positive est immédiatement gâchée par une abominable odeur de pieds. Il faut se déchausser avant d’entrer dans le refuge… une mesure hygiénique mais nauséabonde.
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