Jour 14 (samedi 02.07.2011) : Carrozzu- Orto di Piobbu
Temps théorique: 5h00 ; Temps effectif : 5h50
Nous partons les premiers ce matin : l’étape commence par une ascension de 1h30. Sur le chemin, nous croisons un minuscule oiseau, perché au sommet d’un jeune arbre, qui assure á lui seul l’animation acoustique de la vallée. Il répond à un autre au loin. Avant l’arrivée spectaculaire au col, des mouflons avec leurs petits ne se trahissent pas leurs bêlements. On les aperçoit en train de fuir. Le col offre une vue splendide sur un cirque. Le chemin qui nous reste á parcourir se dessine sur la montagne. Nous voyons ainsi par ou nous allons passer pendant les deux prochaines heures. Nous évoluons à partir de là, sur la crête passant, alternativement, d’un versant à l’autre. En moins de quelques secondes, on passe d´est en ouest, du soleil à l´ombre, du chaud au froid, des odeurs de maquis aux odeurs de pierre et de sable. Le parcours est dangereux. Pour autant, tout le monde n’a pas l’aire de s’en apercevoir.
Pour les nordistes, c’est le second jour et peut –être le dernier : nous ne donnons pas cher de certains randonneurs que nous croisons ce matin. Médaille de bronze : un groupe de randonneurs complètement hétérogène et mal équipé qui pique nique pile poil sur le chemin. Médaille d’argent : un groupe de jeunes, la vingtaine passée qui randonne torse nu. Entre les coups de soleil, le frottement du sac, les éraflures sur les rochers, les coups de froid en passant aux cols et le risque de se viander complètement en cas de chute, c’est pas gagné. Médaille d’or : c’est un Espagnol la trentaine tassée, la bedaine proéminente, qui fait le GR en jeans déjà craqué avec un tout petit sac á dos et dans chacune des mains une bouteille d’eau et une tente. Celui-là on se demande même comment il a fait pour arriver là. De la pure inconscience ! Nous comprenons maintenant pourquoi en partant du nord, les abandons sont fréquents. Passé le cirque, nous débutons une descente épuisante dans un immense pierrier. Nous remontons ensuite avec la plus grande difficulté vers le refuge d’orto Di Piobbu. Le refuge est prisonnier des nuages. On ne soupçonne rien de la vue. Nous plantons la tente bien que nous étions inscrits pour une nuit en refuge. Finalement, nous tenons á notre intimité. On nous avait promis un ravitaillement d’enfer. Mais en fait, le refuge ne propose pas grand-chose. Premier drame : pas de pain. Second drame : pas de papier hygiénique. La vie tient parfois á une feuille : ca ne va pas être joli demain matin. La gardienne accepte de nous dépanner en nous donnant des feuilles de sopalin. Nous achetons d’excellents Canistrellis maison. Rhum, raisin et pure beurre. Ils y passeraient bien tous d’un coup mais il faut les économiser pour le petit déjeuner demain. A l’heure de l’apéritif, nous discutons avec deux gars qui ont fait la partie nord du GR avec nous. Il nous font des récits de randonnées dans le massif alpin italien (grand paradis) et français, il nous parle de glaciers et de Mont Blanc (le vrai, hein, pas la crème dessert !). On les questionne sur la difficulté de l’ascension du sommet de l’Europe. « vous avez fait le GR, vous pouvez faire le Mont-Blanc, pas de problème ! ». On s’endormira la tête plein de rêve de sommets enneigés.
Diner maigre : un quignon de pain et un bout de saucisson. Clément et Céline nous offrent quelques Canistrelli en dessert. Il ne nous reste plus un seule noisette dans notre sac á grignotis. Demain, c’est la dernière descente.