Ciel bas sur Carrozzu
La fameuse passerelle de la Spasinata
Le refuge de Carrozzu est joli : il y a une belle terrasse avec vue sur la vallée. Il y a des drapeaux de prière tibétains. Des photos d’ascension jusqu’au camp de base de l’Everest confirme l’origine des drapeaux. La gardienne du refuge, elle aussi garde des traces de là-bas : ses  10 doigts ont été amputés au niveau de la seconde phalange. Gelures sherpas?
 
L’accueil au refuge, est, quant à lui, moyen : la pancarte sur la porte de l’épicerie donne le ton. «  Ici, pas de pain, pas de saucisson et pas de fromage ». La base de notre alimentation depuis deux semaines ! Par contre il y a de la bière en abondance. C’est vraiment ridicule. Il faudra nous rationner un peu pour le dernier jour. On espère trouver du pain au prochain refuge. En arrivant á Carrozzu, on achève aujourd’hui notre 13eme étape. On pensait que les nordistes qui n’ont que deux étapes derrière eux seraient aussi avides d’informations que nous l’étions au début de notre aventure. Il n’en n’ai rien. Les gens, très sûres d’eux, ont tout fait, ils connaissent les refuges ou nous avons dormi presque mieux que nous. Ils trouvent même le moyen de nous mettre en garde sur les deux premières étapes. Il y a des passages pas évidents, les chemins sont dangereux, peut-être qu’on va être obligé d’abandonner… Pas vraiment une bonne mentalité.
 
Aujourd’hui, on se retrouve á six personnes restantes du groupe qui avaient commencés le dimanche 19 Juin 2011 de Conca. Céline, Clément, un couple discret, la cinquantaine sportive, et nous. Nous voyons le couple en question replier à notre grand étonnement la tente. Nous allons les questionner sur leurs intentions. Le couple nous annonce qu’ils ont décidé de prendre une variante qui redescend dans la vallée. Eux qui étaient toujours les premiers à partir et qui ne montraient aucun signes de lassitude nous lâchent. Un peu marre et envie de plage.
 
Du coup, petite chronique : qu’est ce qui fait que les gens abandonnent le GR20 ? La difficulté sous estimée couplée á un manque de préparation physique et matériel (sacs trop lourds)  sont certainement et les premières raisons d’abandon. Viennent ensuite, la météo qui rend les sentiers impraticables, les accidents, les ampoules de pieds qui s’infectent, les incendies de forêts, le manque de temps et l’envie de dégager quelques journées pour profiter des plages corses.
 
A la fin de cette étape, nous ne sommes plus que 4 depuis Conca. On va tous se coucher après une douche glacée dans la puanteur des chiottes attenantes et un repas de soupe lyophilisée en compagnie de randonneuses canadiennes.
Au Nord du Cirque
Au Nord du Cirque
La descente vers le refuge d’Ascu Stagnu est très longue. Une pensée émue pour ceux qui ont dû passer par là ce matin. Les paysages sont grandioses. Le massif du Cinto á notre droite, celui de la Muvrella á notre gauche, et un immense cirque aux pierres rouges orangé derrière. Nous atteignons à 11h l’ancienne station de ski d’Ascu Stagnu. L’aire de bivouac n’est pas terrible Mais il y a un gros ravitaillement et un restaurant. Nous débarquons dans l’épicerie : une mère Maquerelle nous accueille chaleureusement « alors, qu’est ce qu’elle veut la Cocotte ? Il est joli ton chapeau … » d’un coup j’ai 4 ans. Saucisson, pain, yaourt, raviolis pour le soir, Bounty, Mars et boite de biscuits. Les prix sont raisonnables car l’épicerie est ravitaillée par la route. En plus, il y a moyen d’avoir des bonus en donnant un coup de main (décharger la camionnette de livraison, réparer le store qui ne veut plus se baisser, assurer la traduction en allemand pour des clients germanophones…): une bière par ci, une crème dessert par là… La boutique possède même un stock de chaussures de marche et ca tombe bien pour le nordiste qui débarque juste après moi.  Sa semelle s´est détachée après les trois premiers jours de marche. Dame Maquerelle a un arrangement avec un magasin de chaussures de sport situé dans la vallée. Par téléphone, elle passe commande de la bonne pointure. Les chaussures seront livrées dans l’après midi : Nicolas reverra le gars, en train de se mirer dans ses chaussures neuves. Nous nous installons, prenons une douche, faisons une lessive et déjeunons… Puis il y a le restaurant á coté.  Aujourd’hui on a le passage du cirque de la solitude à fêter. On commande une palette Asco : une montagne glacée au nougat, praliné et rhum, le tout abondamment surmonté de crème chantilly rondelles de banane et sauce au chocolat : une tuerie. Celine suit l’exemple et bientôt se présente devant elle un Everest (ou plutôt un Monte Cinto) de menthe chocolat et Chantilly. Clément se descend un Pastis : chacun ses addictions.
Jour 14 (samedi 02.07.2011) : Carrozzu- Orto di Piobbu
Temps théorique: 5h00 ; Temps effectif : 5h50
 
Nous partons les premiers ce matin : l’étape commence par une ascension de 1h30. Sur le chemin, nous croisons un minuscule oiseau, perché au sommet d’un jeune arbre, qui assure á lui seul l’animation acoustique de la vallée. Il répond à un autre au loin. Avant l’arrivée spectaculaire au col, des mouflons avec leurs petits ne se trahissent pas leurs bêlements. On les aperçoit en train de fuir. Le col offre une vue splendide sur un cirque. Le chemin qui nous reste á parcourir se dessine sur la montagne. Nous voyons ainsi par ou nous allons passer pendant les deux prochaines heures. Nous évoluons à partir de là, sur la crête passant, alternativement, d’un versant à l’autre. En moins de quelques secondes, on passe d´est en ouest, du soleil à l´ombre, du chaud au froid, des odeurs de maquis aux odeurs de pierre et de sable. Le parcours est dangereux. Pour autant, tout le monde n’a pas l’aire de s’en apercevoir.
 
Pour les nordistes, c’est le second jour et peut –être le dernier : nous ne donnons pas cher de certains randonneurs que nous croisons ce matin. Médaille de bronze : un groupe de randonneurs complètement hétérogène et mal équipé qui pique nique pile poil sur le chemin. Médaille d’argent : un groupe de jeunes, la vingtaine passée qui randonne torse nu. Entre les coups de soleil, le frottement du sac, les éraflures sur les rochers, les coups de froid en passant aux cols et le risque de se viander  complètement en cas de chute, c’est pas gagné. Médaille d’or : c’est un Espagnol la trentaine tassée, la bedaine proéminente, qui fait le GR en jeans déjà craqué avec un tout petit sac á dos et dans chacune des mains une bouteille d’eau et une tente. Celui-là on se demande même comment il a fait pour arriver là. De la pure inconscience ! Nous comprenons maintenant pourquoi en partant du nord, les abandons sont fréquents. Passé le cirque, nous débutons une descente épuisante dans un immense pierrier. Nous remontons ensuite avec la plus grande difficulté vers le refuge d’orto Di Piobbu. Le refuge est prisonnier des nuages. On ne soupçonne rien de la vue. Nous plantons la tente bien que nous étions inscrits pour une nuit en refuge. Finalement, nous tenons á notre intimité. On nous avait promis un ravitaillement d’enfer. Mais en fait, le refuge ne propose pas grand-chose. Premier drame : pas de pain. Second drame : pas de papier hygiénique. La vie tient parfois á une feuille : ca ne va pas être joli demain matin. La gardienne accepte de nous dépanner en nous donnant des feuilles de sopalin. Nous achetons d’excellents Canistrellis maison. Rhum, raisin et pure beurre. Ils y passeraient bien tous d’un coup mais il faut les économiser pour le petit déjeuner demain. A l’heure de l’apéritif, nous discutons avec deux gars qui ont fait la partie nord du GR avec nous. Il nous font des récits de randonnées dans le massif alpin italien (grand paradis) et français, il nous parle de glaciers et de Mont Blanc (le vrai, hein, pas la crème dessert !). On les questionne sur la difficulté de l’ascension du sommet de l’Europe. « vous avez fait le GR, vous pouvez faire le Mont-Blanc, pas de problème ! ». On s’endormira la tête plein de rêve de sommets enneigés.
 
Diner maigre : un quignon de pain et un bout de saucisson. Clément et Céline nous offrent quelques Canistrelli en dessert. Il ne nous reste plus un seule noisette dans notre sac á grignotis. Demain, c’est la dernière descente.
Certains passages sont équipés de chaine pour éviter aux randonneurs ce funeste sort. Nous évoluons pendant une bonne heure de descente les chevilles constamment pliées par la pente. Aujourd’hui il fait beau et c’est déjà difficile de ne pas glisser. On n’ose même pas imaginer une descente par mauvais temps. Puis vient la passerelle de la Spassimata. Elle permet de passer la rivière qui aujourd’hui donne bien envie de s’y baigner avec ses eaux turquoises mais qui peut se transformer en véritable torrent, infranchissable en cas d’orage ou de fontes des neiges importantes au printemps. La passerelle est en bonne état : elle a été complètement restaurée en 2001. Pour autant les marches de métal sont très espacées, de quoi faire passer un individu sans sac amaigri par le GR, et sa traversée offre de belles sensations de tangage. Le visage de Nicolas se défait à la vue du pont suspendu. Céline passe tranquillement, Clément traverse en faisant bouger le pont le plus possible. Nicolas s’engage prudemment sur la passerelle, très tendu. Ca bouge. Clément et Céline qui viennent d’apprendre que Nicolas est sujet au vertige essaye de l’encourager, en restant un peu moqueurs, tout de même. Nicolas qui a besoin de se concentrer leur lance un tonitruant « Fermez –là !». Clément et Céline en restent bouche bée. Nicolas passe. On aura pas á aller le chercher au milieu du pont comme dans le film « Les Randonneurs ». Je passe, à mon tour : ca fait, en effet, des chatouilles dans l’estomac. Clément s’amuse ensuite à retourner sur le pont sans sac et à passer les jambes entre deux lattes.
GR 20 - Juin 2011
L’après midi passe vite : j’écris le présent carnet assise sur une vieille souche calcinée, accompagnée de deux lézards amis qui s’amusent à se courser. Nicolas tente de prendre en photos mes compagnons d’écriture. Puis, il finit par aller buller : ca prend trop d’énergie de faire le net sur ces petites bêtes.
Ce soir, c’est raviolis et melon co-financé par Céline et Clément. Plus deux crèmes dessert praliné gagné auprès de l’épicière : un tchèque vivant à Munich, en vacances en Corse avec sa famille, cherche une chambre pas chère. Les vacanciers n’osent pas monter la tente á cause de la fraicheur des nuits en altitude et refuse de payer une chambre á plus de 50€ dans l’hôtel voisin. Reste le refuge qui est, bien sûre, plein de GRistes. Cependant, il reste une ancienne chambre à moitié en travaux au rez de chaussée. J’assure la traduction et fais le guide. « Man trifft sich immer zwei Mal im Leben » : le tchèque en question, j’en suis persuadée, nous avait conduit en co voiturage, en Septembre 2004, à Prague avec Christoph, une Turque et un Mexicain.
 

Jour 13 (vendredi 01.07.2011) : Ascu Stagnu- Carrozzu
Temps théorique: 4h45 ; Temps effectif : 4h40
 

Ce matin, on se réveille avec une flaque d’eau dans la tente. Condensation. On avait bien lu dans des blogs que la tente que l’on venait d’acheter était particulièrement sujette au problème… mais à ce point. Un coup d’œil sur les guitounes voisines nous permet de constater que tous le monde est touché par le phénomène. A coté, ils écopent. Une nuit sans vent, la proximité d’une rivière et la chaleur relative de la vallée et c’est l’inondation matinale.
En nous levant à 6h, nous avons fait la grasse matinée. Nous allons payer notre paresse en devant dépasser deux groupes accompagnés de guides et en retardant et diminuant nos pauses collations.
 
L’étape débute par une ascension très raide et assez technique d’1h30. Nous débouchons á un col et apercevons pour la première fois la mer et les cotes du nord de la Corse. Nous crêtons une bonne demi heure sur des parois abruptes avant de passer par un second et un troisième col. De là on aperçoit le lac de la Muvrella dont l’eau est, comme l’indique le guide, toxique. Une fois le lac passé, (pas de trempette, vous l’aurez compris), nous continuons notre parcours en passant sur d’immenses dalles de pierres roues extrêmement glissantes. La descente nous mène à une gorge spectaculaire. Le paysage est magnifique avec ses aiguilles qui se découpent sur le ciel bleu et qui déchirent les nuages passant par la. Les deux cotés de la gorges sont constituées d’immenses plaques en devers qui sont juste faites pour te précipiter dans le torrent en contre bas.
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